Illustration satirique d'un tatoueur réalisant un tatouage en 1963 dans un atelier aux pratiques d'hygiène rudimentaires.

Tatouage en 1963 : cette archive historique explique pourquoi le milieu s’est longtemps opposé à l’hygiène

Cette archive de tatouage en 1963 permet de comprendre... : vraiment "le bon vieux temps" ?

Que révèle réellement le tatouage en 1963 ?
Lorsqu’une profession refuse d’aller chercher les connaissances chez ceux qui les possèdent déjà, elle finit par transformer ses habitudes en traditions… puis ses traditions en identité. Et toute remise en question devient alors vécue comme une attaque.

Comment se pratiquait le tatouage en 1963 ?

Cette scène de tatouage en 1963 circule actuellement sur les réseaux sociaux. Elle est parfois partagée avec une certaine nostalgie, comme le témoignage d'une époque où le tatouage était plus authentique, plus libre, plus vrai.

Vraiment ?

Le hasard de la vie a voulu que le tatoueur visible dans cette archive de 1963, Bruno de Pigalle, soit aussi le premier professionnel à m'acheter des planches de flash, alors que j'avais à peine 18 ans.

  Prenons quelques secondes pour regarder cette archive avec les yeux d'aujourd'hui... mais surtout avec les connaissances médicales qui existaient déjà à cette époque.

Car non, le problème n’était pas que la médecine ignorait les risques infectieux.

En 1963, le niveau d’asepsie hospitalière n’avait évidemment pas encore atteint celui que nous connaissons aujourd’hui. Les protocoles continuaient d’évoluer, les connaissances progressaient, et certaines maladies comme le VIH étaient encore inconnues.

Les principes de stérilisation, d’asepsie et de prévention des infections étaient déjà enseignés et appliqués dans le monde hospitalier depuis longtemps.
Pour comprendre l’origine de l’asepsie moderne, l’excellente animation d’Universcience consacrée à Ignace Semmelweis permet de replacer les découvertes médicales dans leur contexte historique.

1847, Semmelweis et l’asepsie

C’est une production d’Universcience (Cité des sciences), Canopé et l’Inserm.

Elle explique parfaitement que le lavage des mains et l’asepsie existaient bien avant 1963.

 Mais une chose est certaine : les principes de stérilisation, d'asepsie et de prévention des infections étaient déjà enseignés et appliqués dans le monde hospitalier depuis longtemps.

Le saviez-vous ?

Les principes modernes de l’asepsie ne sont pas apparus après la Seconde Guerre mondiale. Dès le XIXᵉ siècle, les travaux de Semmelweis, Pasteur puis Lister avaient profondément transformé la chirurgie hospitalière en démontrant l’importance du lavage des mains, de la stérilisation du matériel et de la prévention des contaminations.

History of infection prevention and control

Maintenant… revenons à la vidéo de tatouage en 1963

Pas de gants, aucune protection du matériel, une machine manipulée directement, la peau essuyée avec un chiffon…

Du matériel posé sans véritable préparation du plan de travail.

Nous ne sommes pas simplement « en retard » sur les pratiques médicales de l’époque, nous sommes à des années-lumière.

Et c’est précisément ce que beaucoup refusent encore de voir.

Pendant que la médecine progressait, le tatouage continuait à évoluer seul, très seul.

Le tatouage ne s’est pas construit contre la médecine, il s’est construit sans elle, cette nuance change tout.

Pendant des décennies, le métier s’est transmis de tatoueur à tatoueur. Les techniques artistiques voyageaient. Les habitudes aussi. Les erreurs également.

Les connaissances médicales, elles, restaient à la porte.

Pour replacer cette vidéo dans son contexte historique, il est utile de consulter le dossier du Haut Conseil de la Santé Publique consacré à Ignace Semmelweis. Il rappelle que les méthodes d’asepsie étaient déjà progressivement adoptées par les chirurgiens français dès 1874 et souligne que les piliers de la lutte contre les infections demeurent l’asepsie et l’antisepsie. Cette lecture permet de mesurer le décalage qui existait encore, plusieurs décennies plus tard, entre les pratiques hospitalières et celles observées dans certains autres métiers.

Pourquoi ?

Parce que la profession cultivait une identité marginale, indépendante, parfois même méfiante à l’égard de toute influence extérieure.

Cette autonomie faisait partie de son identité, mais elle avait un prix.

Lorsque l’on refuse d’aller chercher les connaissances disponibles ailleurs, on finit inévitablement par réinventer… moins bien.

Cette vidéo de séance de 1963 n’est donc pas seulement une archive : c’est une explication.

Elle explique pourquoi le monde médical a longtemps regardé le tatouage avec inquiétude, parfois même avec mépris.

Et il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que cette méfiance n’était pas née de nulle part.

Quand des professionnels de santé voyaient de telles pratiques alors qu’ils appliquaient déjà des protocoles d’asepsie infiniment plus rigoureux, il était difficile d’imaginer qu’ils puissent accorder leur confiance à cette profession.

Le paradoxe est d’ailleurs fascinant.

Aujourd'hui encore, certains partagent ces images avec nostalgie.

 Personnellement, je les regarde avec un tout autre sentiment.

J’y vois la démonstration du chemin immense qu’il restait à parcourir.

J’y vois la preuve que le retard sanitaire du tatouage n’était pas une fatalité scientifique.

C’était un retard culturel.

C’est précisément ce constat qui m’a conduit, à partir de 2001, à entreprendre un travail de fond pour rapprocher le tatouage des connaissances scientifiques et médicales déjà disponibles. Non pas pour transformer le tatoueur en soignant, mais pour cesser de considérer l’hygiène comme une contrainte extérieure.

Le véritable hommage que l’on puisse rendre aux anciens tatoueurs n’est pas de reproduire leurs erreurs au nom de la tradition.

C’est de comprendre pourquoi elles existaient… afin qu’elles ne reviennent jamais.

La nostalgie est respectable.

À condition qu’elle ne fasse jamais oublier la réalité.

Lorsque j’ai commencé à documenter ces questions au début des années 2000, j’ai rapidement compris que cette vidéo n’appartenait pas seulement au passé. Une partie de cette culture existait encore.

Beaucoup de pratiques avaient évolué, mais les mentalités, elles, avaient souvent pris beaucoup plus de temps.

Chaque fois que j’évoquais l’hygiène, l’asepsie ou les connaissances médicales, je rencontrais la même réaction :

« On a toujours fait comme ça. »

Cette phrase résume probablement mieux que n’importe quelle autre le retard sanitaire du tatouage.

Ce n’était pas un problème de mauvaise volonté individuelle.

C’était une culture professionnelle héritée de plusieurs générations.

Mon objectif n’a jamais été de médicaliser le tatouage.

Mon objectif était beaucoup plus simple :

Faire entrer dans cette profession des connaissances que la médecine possédait déjà depuis longtemps.

Le véritable tournant du tatouage n'a pas été artistique. Il a été sanitaire.

Cette vidéo dérange, Tant mieux.

Une archive historique n'est pas faite pour flatter notre nostalgie.

Elle est faite pour nous rappeler d'où nous venons.

Ceux qui regardent cette vidéo avec nostalgie y voient un âge d'or.

J'y vois, au contraire, la démonstration de tout ce que le tatouage devait encore apprendre.

Et si cette image provoque aujourd'hui un malaise, c'est probablement parce qu'elle montre une réalité que beaucoup préféreraient oublier.

L'histoire du tatouage ne s'écrit pas seulement avec de l'encre. Elle s'écrit aussi avec les erreurs que la profession a enfin accepté de ne plus reproduire....ou pas !

FAQ

Pourquoi les tatoueurs ne portaient-ils pas de gants en 1963 ?

En 1963, le port des gants n’était pas une pratique courante dans le tatouage. La profession s’était développée en marge du monde médical et ne suivait pas encore les protocoles d’asepsie déjà appliqués dans les établissements de soins. Cette absence de protection reflète le retard sanitaire de l’époque plutôt qu’une pratique acceptable au regard des connaissances actuelles.


Les risques sanitaires étaient-ils connus en 1963 ?

Oui, en grande partie. Si certaines maladies, comme le VIH, étaient encore inconnues, les principes de stérilisation, d’asepsie et de prévention des infections étaient déjà enseignés dans le milieu hospitalier. Le problème ne venait donc pas d’un manque de connaissances médicales, mais du fait que le tatouage en 1963 évoluait encore largement à l’écart de ces pratiques.


Pourquoi le monde médical critiquait-il le tatouage ?

Le monde médical observait avec inquiétude les conditions dans lesquelles étaient réalisés de nombreux tatouages. L’absence de protocoles d’hygiène, la réutilisation de certains matériels et la méconnaissance des risques infectieux alimentaient cette méfiance. Cette défiance s’expliquait davantage par les pratiques observées que par le tatouage lui-même.


Quand les règles d’hygiène sont-elles apparues dans le tatouage ?

Les premières évolutions sont venues progressivement sous l’influence des avancées scientifiques, puis des réglementations sanitaires. En France, un véritable cadre réglementaire s’est mis en place avec le décret du 19 février 2008, qui a imposé des obligations strictes en matière d’hygiène, de formation et de sécurité pour les professionnels du tatouage.


Pourquoi cette vidéo de tatouage en 1963 est-elle importante ?

Cette vidéo constitue un document historique rare. Elle permet d’observer concrètement les pratiques de tatouage en 1963 et de comprendre pourquoi l’hygiène a mis plusieurs décennies à s’imposer dans la profession. Plus qu’une simple archive, elle illustre l’évolution des mentalités, des connaissances sanitaires et des exigences professionnelles jusqu’à aujourd’hui.

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