Film alimentaire : ce que l’hygiène alimentaire révèle et ce que tous les tatoueurs doivent savoir:


Le film alimentaire est partout : dans nos cuisines pour protéger nos restes, ou dans les studios de tatouage pour recouvrir certains ustensiles, postes de travail et zones tatouées. Mais ce produit banal et jugé inoffensif cache des réalités méconnues — tant sur le plan sanitaire qu’hygiénique. Cet article a pour objectif de lier deux mondes souvent traités séparément :

info film alimentaire

👉 la réglementation et les risques liés au contact alimentaire
👉 l’usage de ce même film dans le tatouage, où aucune règle spécifique n’existe mais où les mêmes principes de santé s’appliquent.

📌 Règlement (CE) n°1935/2004 :

les matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires « ne doivent pas transférer leurs constituants aux aliments en quantités susceptibles de présenter un danger pour la santé humaine ». Food Safety

📌 Règlement (UE) n°10/2011 sur les plastiques en contact avec les denrées alimentaires :

il fixe des listes positives de substances autorisées dans les plastiques, des limites de migration, et des exigences de test pour que le plastique puisse être considéré comme sûr au contact alimentaireEUR-Lex

👨‍🍳 Ces textes sont complétés en France par des dispositions nationales (ex : décret d’application et arrêtés) qui imposent traçabilité, documentation et conformité. Direction générale des Entreprises

Ce que cela signifie vraiment

➡️ Un film plastique vendu pour l’usage alimentaire doit être testé pour s’assurer que les substances migrantes ne dépassent pas les limites autorisées par la réglementation européenne. Ministère de l’Économie

➡️ Les fabricants doivent fournir une déclaration de conformité indiquant que le produit respecte la législation sur le contact alimentaire. Foedevarestyrelsen

⚠️ Mais attention : même conforme, la réglementation distingue les usages selon les conditions (température, durée, type d’aliment). Par exemple, certains films sont explicitement déconseillés pour le contact direct avec les aliments gras ou chauds — une restriction reconnue par les fabricants eux-mêmes. Hypronet

2. Pourquoi ce qui est accepté en cuisine n’est pas neutre pour la santé

Les films alimentaires sont des plastiques souples faits souvent de PVC ou de PE, auxquels des plastifiants sont ajoutés pour les rendre étirables et adhésifs.

👉 Ces plastifiants — même autorisés — peuvent migrer vers les aliments, surtout au contact des graisses (fromages, huiles) ou sous chaleurAlloDocteurs

Cette migration est précisément ce que tente de limiter le cadre réglementaire :
📌 réduire les transferts chimiques vers les aliments pour protéger la santé humaineFood Safety

➡️ Dans l’alimentation, on considère que cela est acceptable tant que les limites de migration ne dépassent pas les valeurs scientifiques établies.

Mais pour un tatoueur, ce raisonnement n’est pas suffisant.

3. Tatouage : l’usage du film alimentaire face à un contexte bien différent

Dans un studio de tatouage, l’usage courant du film alimentaire consiste souvent à :
✔ couvrir un poste de travail,
✔ recouvrir une zone tatouée avec vaseline,
✔ éviter les éclaboussures externes.

Sauf que :

a) La vaseline est un corps gras

Et la physique chimique ne change pas selon le contexte :
➡️ le contact prolongé d’un plastique avec une substance grasse augmente la migration des composants chimiques (polychlorure de vinyle) du plastique dans cette substance, y compris dans les produits gras comme la vaseline. Hypronet

👉 Ce principe est le même en cuisine : on déconseille l’usage de film plastique directement sur aliments gras pour cette raison scientifique. AlloDocteurs

**b) La peau tatouée est une peau fragile et perméable

Contrairement à un aliment, la peau qui vient d’être tatouée est :

  • lésée,

  • parfois micro-sanglante,

  • inflammée,

  • avec une barrière cutanée altérée.

Cela signifie qu’elle peut absorber plus facilement des molécules qui, autrement, resteraient en surface.

➡️ C’est exactement à ce moment-là qu’on ne veut généralement rien d’indésirable au contact de la peau.

4. Synthèse pédagogique pour apprentis tatoueurs

Voici ce que tu dois retenir si tu es tatoueur ou en formation :

‼ Ne jamais considérer le film alimentaire comme un produit médical ou neutre

Il n’est :

  • pas stérile,

  • pas conçu pour un contact prolongé avec des tissus lésés,

  • jamais soumis aux mêmes exigences que les films médicaux ou barrières protectrices.

👉 Même s’il est conforme pour le contact alimentaire, cela ne garantit pas qu’il soit sûr pour la peau humaine, surtout sur une lésion cutanée.

**‼ L’association « film alimentaire + vaseline » est un mauvais réflexe

Elle crée une occlusion prolongée autour d’une substance grasse qui peut potentiellement migrer vers la peau, dans un contexte où la barrière cutanée est compromise.

**‼ Remplace systématiquement par des options meilleures adaptées

✅ film de protection transparent conçu pour usage médical / esthétique
✅ protections spécifiques pour tatouage
✅ housses barrières stériles
✅ vaseline dans un récipient propre, sans film plastique direct

Une habitude héritée plus qu’un choix éclairé

Que ce soit en cuisine ou en tatouage, l’usage du film alimentaire repose surtout sur :

  • la tradition,

  • le mimétisme professionnel,

  • la praticité immédiate.

Mais les connaissances évoluent. Le fait qu’un outil soit utilisé depuis des décennies ne garantit pas qu’il soit adapté aux standards actuels de santé, d’hygiène et de responsabilité.

Conclusion : repenser l’usage du film alimentaire

Que l’on parle d’aliments ou de tatouage, les constats convergent :

  • ❌ le film alimentaire est inadapté au contact des corps gras ;

  • ❌ il peut favoriser la migration de substances chimiques ;

  • ❌ il n’est pas conçu pour une utilisation sur peau lésée ;

  • ❌ son usage est souvent automatique, rarement réfléchi.

Cela ne signifie pas que chaque utilisation est immédiatement dangereuse, mais que le rapport bénéfice / risque n’est plus acceptable lorsque des alternatives existent.

Vers des pratiques plus cohérentes

En cuisine comme en tatouage, il est temps de :

  • privilégier des matériaux adaptés à leur usage réel ;

  • utiliser des contenants ou protections conçus pour le contact cutané ou alimentaire gras ;

  • sortir d’une logique de facilité pour aller vers une logique de prévention et de responsabilité.

Remettre en question le film alimentaire, ce n’est pas céder à la peur — c’est adapter nos pratiques à ce que l’on sait aujourd’hui.

5. Conclusion militante : il est temps de revoir vos habitudes

La réglementation qui encadre l’usage du film alimentaire ne l’a pas conçu pour être un outil tout-terrain. Elle l’a conçu pour un contact alimentaire contrôlé, avec des tests, des limites de migration et des conditions bien définies. Food Safety

Dans les studios de tatouage, nous devons aller plus loin :
✔ sortir des habitudes héritées non réfléchies ;
✔ intégrer les principes de sécurité chimique et cutanée ;
✔ choisir des protections conçues pour la peau plutôt que pour la nourriture.

Si l’on prend au sérieux la santé de nos clients — et la nôtre — il est temps de débarrasser le tatouage de l’usage automatique du film alimentaire au profit de solutions plus sûres, mieux adaptées et professionnelles.

Sources légales cités

📌 Règlement (EC) n°1935/2004 : matériaux et objets destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires — principe de non-migration dangereuse. Food Safety
📌 Règlement (UE) n°10/2011 : règles spécifiques pour les plastiques en contact avec les denrées alimentaires. EUR-Lex
📌 Normes de conformité et déclaration pour les films alimentaires vendus en Europe. Ministère de l’Économie

Encore un doute ? regardez donc ces vidéos :

Écoutez ce qu’un hygiéniste en pense concernant les aliments gras 

Et voyons comment un certain formateur en hygiène tente de comprendre le problème sans avoir le bagage technique: corpstech